Les fondateurs et directeurs financiers français qui souhaitent créer une entreprise en Inde depuis la France arrivent généralement avec une question précise, pas une question générale : est-il possible de le faire sans prendre l'avion pour Delhi, sans se noyer dans une paperasse confuse, et sans découvrir trois mois plus tard que le compte bancaire est bloqué parce qu'un document a été notarié au lieu d'être apostillé ? La réponse est oui, cela peut se faire à distance, mais le corridor France-Inde comporte ses propres points de friction, et ce guide est construit autour de ceux-ci, et non autour d'une explication générique valable pour tous les pays.
Avant d'entrer dans le détail, voici le parcours d'immatriculation sous forme de synthèse.
- Choisir la structure, presque toujours une filiale à 100 % constituée sous la forme d'une société private limited (société à responsabilité limitée de droit indien)
- Réserver le nom de la société auprès du Ministry of Corporate Affairs (MCA, le ministère indien des Affaires des entreprises)
- Préparer et légaliser les documents de la société mère française via la chaîne d'apostille
- Obtenir un Director Identification Number (DIN, numéro d'identification d'administrateur) pour chaque administrateur français
- Déposer le formulaire d'immatriculation intégré SPICe Plus avec les informations sur le siège social et les souscripteurs
- Ouvrir le compte bancaire indien, rapatrier le capital social, puis effectuer la déclaration FC-GPR (Foreign Currency-Gross Provisional Return, déclaration des investissements étrangers entrants)
Chacune de ces étapes comporte une particularité propre au cas français, détaillée ci-dessous.
Pourquoi les entreprises françaises s'implantent en Inde aujourd'hui
La base de consommation indienne, son vivier d'ingénieurs et sa position d'alternative industrielle à la Chine en ont fait un marché logique pour les entreprises françaises, bien au-delà des noms traditionnels de l'aéronautique et du luxe. Ce mouvement ne concerne plus uniquement les grands groupes dotés d'une stratégie Inde déjà inscrite dans leur feuille de route ; des industriels, éditeurs de logiciels et sociétés de services français de taille intermédiaire créent de plus en plus une entité indienne comme première véritable implantation asiatique.
Le corridor en chiffres
La France est depuis longtemps une source importante d'investissements directs étrangers en Inde, l'aéronautique, la défense, l'énergie et les biens de luxe en ayant historiquement constitué les plus gros contributeurs. Selon la réglementation en vigueur, les investissements français dans la plupart des secteurs indiens transitent par la voie automatique, c'est-à-dire qu'aucune autorisation préalable de la Reserve Bank of India (RBI, la banque centrale indienne) ou d'un ministère n'est en général nécessaire avant l'investissement. Les plafonds sectoriels exacts et les conditions qui s'y attachent doivent toujours être vérifiés au moment de l'investissement, car ils sont révisés périodiquement.
Ce qui déclenche généralement la démarche
Dans la pratique, trois éléments déclencheurs reviennent systématiquement. Un industriel français remporte un client indien suffisamment important pour nécessiter une livraison et un service après-vente sur place. Une société de logiciel ou industrielle a besoin d'un centre d'ingénierie ou de support basé en Inde pour gérer les coûts et la couverture des fuseaux horaires. Ou bien un groupe français qui vend déjà en Inde par le biais de distributeurs décide que la perte de marge et le manque de contrôle justifient la création de sa propre entité.
Choisir la structure depuis la France
Le choix de la structure conditionne tout le reste, de l'exposition à la responsabilité à la facilité avec laquelle les bénéfices pourront ensuite être rapatriés vers la société mère française.
La filiale à 100 % comme option par défaut
Pour la plupart des entreprises françaises, une filiale détenue à 100 % et structurée en société private limited indienne est le choix par défaut le plus judicieux. Elle donne à la société mère française une propriété et un contrôle total, cantonne la responsabilité au sein de l'entité indienne, et constitue la structure la plus familière aux clients, banques et autorités fiscales indiens. Elle s'inscrit également parfaitement dans le cadre conventionnel entre les deux pays, ce qui compte lorsque des dividendes ou des honoraires finissent par être rapatriés vers la France.
Bureau de liaison et succursale, en comparaison
Un bureau de succursale ou un bureau de liaison est parfois envisagé, généralement par des entreprises françaises qui testent le marché avant de s'engager dans une filiale complète. Un bureau de liaison ne peut en général pas facturer des clients indiens ni générer de revenus localement ; il existe pour représenter la maison mère et recueillir des informations sur le marché. Un bureau de succursale peut exercer une activité commerciale limitée, mais il est soumis à des exigences d'autorisation et à un contrôle plus étroit au regard de la réglementation de change en vigueur, et son traitement fiscal en Inde tend à être moins favorable que celui d'une filiale constituée localement. Pour toute entreprise française prévoyant réellement de vendre, de fabriquer ou de fournir des services en Inde, la voie de la filiale est presque toujours le meilleur choix à long terme.
Détention personnelle ou par la société mère
Un fondateur français peut choisir de détenir les actions indiennes à titre personnel ou de les faire détenir directement par la SAS ou la SARL française en tant que société mère. Détenir via l'entité française est la voie la plus courante et généralement la plus propre sur le plan fiscal et conventionnel, car elle maintient la chaîne de détention alignée sur la manière dont la résidence fiscale française et la convention de non double imposition (DTAA) entre la France et l'Inde sont habituellement appliquées. La détention personnelle est parfois utilisée pour des montages plus modestes ou portés directement par le fondateur, mais elle complique la levée de fonds et la sortie futures.
Le processus d'immatriculation depuis la France, étape par étape
SPICe Plus avec une société mère étrangère
L'immatriculation d'une société indienne s'effectue via un formulaire web intégré unique appelé SPICe Plus, déposé auprès du Ministry of Corporate Affairs (MCA). Lorsque la société mère est une SAS ou une SARL française, le formulaire exige les informations sur la société mère, ses signataires autorisés, et la preuve de la résolution du conseil approuvant l'investissement indien. Le mécanisme du processus est identique à celui d'une immatriculation nationale ; le travail supplémentaire réside entièrement dans la préparation correcte, dès la première fois, du volet français de la documentation.
Documents et légalisation
Le registrar indien attend généralement le certificat d'immatriculation de la société mère française, son extrait Kbis, ses statuts, et une résolution du conseil, le tout légalisé via le processus d'apostille et, lorsque l'original est en français, accompagné d'une traduction certifiée en anglais. Se tromper dans la séquence d'apostille, par exemple en faisant notarier un document en France sans passer par la bonne autorité d'apostille, est l'une des raisons les plus fréquentes pour lesquelles les immatriculations françaises restent bloquées pendant des semaines.
Le DIN pour les administrateurs étrangers
Chaque administrateur siégeant au conseil de la société indienne, y compris les ressortissants français résidant en France, a en général besoin d'un Director Identification Number (DIN) avant que le dépôt de l'immatriculation ne puisse aboutir. Cela nécessite une preuve d'identité et d'adresse en provenance de France, également légalisée ou apostillée selon les besoins, ainsi qu'une photographie et un certificat de signature numérique. Rien de tout cela n'exige de se rendre en Inde ; cela peut être entièrement réalisé depuis la France avec une préparation adéquate des documents.
Administrateur résident et siège social
Selon le droit des sociétés en vigueur, une société indienne doit généralement compter au moins un administrateur ayant résidé en Inde pendant une durée minimale spécifiée au cours de l'exercice financier précédent. La plupart des filiales françaises satisfont cette exigence en recrutant localement, en faisant appel à un professionnel de confiance basé en Inde, ou en recourant à un administrateur résident nommé à cet effet, tandis que la direction française conserve le contrôle du conseil. Une adresse de siège social en Inde est également requise dès le premier jour, avant même que des locaux physiques ne soient nécessaires pour les opérations.
Les particularités françaises qui changent la donne
SAS ou SARL comme société mère, les documents acceptés par le MCA
Que la société mère française soit structurée en SAS ou en SARL change rarement le dépôt indien lui-même, mais cela modifie les documents français qui existent pour attester du pouvoir de la maison mère. Une SAS justifie généralement l'approbation du conseil par une décision du président ou une résolution du conseil selon ses statuts, tandis qu'une SARL s'appuie généralement sur une décision du gérant ou une résolution des associés. Quel que soit le cas, le registrar indien voudra le document qui, en droit français des sociétés, reflète effectivement l'approbation du décideur habilité concernant l'investissement indien, traduit et apostillé de manière cohérente avec les autres documents du dossier.
L'apostille en France et les traductions assermentées
La France est partie à la Convention de La Haye sur l'apostille, si bien que les documents émis en France sont apostillés plutôt que légalisés via une ambassade, ce qui est plus rapide que la voie de légalisation consulaire encore exigée par certains autres pays. L'apostille s'obtient généralement auprès de la cour d'appel française compétente ou, pour certains documents, via un notaire. Lorsque le document sous-jacent est en français, les autorités indiennes attendent généralement une traduction certifiée ou assermentée en anglais accompagnant l'original apostillé, et non un substitut à celui-ci.
L'essentiel de la convention fiscale France-Inde (DTAA)
La convention de non double imposition (DTAA) entre l'Inde et la France est le texte de référence pour la manière dont les dividendes, intérêts, redevances et honoraires pour services techniques circulent entre la filiale indienne et sa société mère française sans être imposés deux fois. Selon les dispositions conventionnelles en vigueur, les taux de retenue à la source applicables à ces catégories de paiements sont généralement inférieurs aux taux de droit interne qui s'appliqueraient autrement, bien que le taux exact applicable dépende de la nature du paiement et doive être vérifié au moment du rapatriement plutôt que d'être présumé. Tout paiement de l'Inde vers la société mère française, qu'il s'agisse d'un dividende, d'une redevance ou d'honoraires de gestion, est en général soumis à des obligations de retenue à la source au titre de l'Income Tax Act 2025 (la disposition figurant désormais là où se trouvait autrefois l'article 195 de la loi de 1961), le rapatriement lui-même nécessitant en principe un certificat d'expert-comptable, désormais délivré sous le Formulaire 146, appuyé par une attestation en Formulaire 145, avant que la banque ne traite le transfert. Lorsqu'une retenue à la source est effectuée, la filiale indienne doit en général déposer la déclaration trimestrielle correspondante, désormais le Formulaire 144, et délivrer le certificat correspondant, désormais le Formulaire 131, au bénéficiaire français. Un examen de prix de transfert est également généralement recommandé dès lors que la filiale indienne réalise avec sa société mère française des transactions ne respectant pas le principe de pleine concurrence, ces transactions entre parties liées faisant l'objet d'un contrôle rigoureux au regard de la réglementation en vigueur.
Les flux financiers entrants et sortants
Rapatriement du capital et déclaration FC-GPR
Une fois la société indienne immatriculée, la société mère française rapatrie le capital social sur le compte bancaire de l'entité indienne, et la société indienne doit en général déclarer cet investissement entrant à la Reserve Bank of India (RBI) dans un délai spécifié, via une déclaration appelée FC-GPR. Il s'agit d'une obligation de conformité au regard de la réglementation des changes, distincte de l'immatriculation elle-même au titre du droit des sociétés, et le non-respect du délai de dépôt peut entraîner des pénalités même lorsque l'investissement sous-jacent est parfaitement légitime. Bien gérer la séquence de conformité au titre du FEMA (Foreign Exchange Management Act, la loi indienne sur la gestion des changes) dès le premier rapatriement évite d'avoir à régulariser un dépôt tardif par la suite.
Aéronautique, luxe et énergie : les corridors français qui s'implantent en Inde
Les secteurs qui ont historiquement porté l'investissement français en Inde, les composants aéronautiques et de défense, les biens de luxe et le commerce de détail, l'énergie et l'ingénierie industrielle, comportent chacun, dans certains cas, une couche supplémentaire d'autorisation ou de licence sectorielle spécifique, en plus du processus standard d'immatriculation de société. Un fournisseur aéronautique français mettant en place un bras industriel en Inde, par exemple, devra peut-être prendre en compte des conditions propres au secteur de la défense en parallèle des étapes classiques d'immatriculation, et ce point doit être vérifié au regard de la politique sectorielle en vigueur avant de finaliser la structure.
Le calendrier de conformité après le premier jour
FC-GPR, FLA et le rythme du FEMA
Au-delà du dépôt initial de la déclaration FC-GPR, une filiale indienne détenue par des actionnaires étrangers doit en général déposer chaque année une déclaration appelée FLA (Foreign Liabilities and Assets return, déclaration des actifs et passifs étrangers), directement auprès de la Reserve Bank of India, rendant compte de la position d'investissement étranger en cours chaque année. Cette obligation s'ajoute, et ne se substitue pas, aux autres dépôts annuels de la société, et elle est fréquemment oubliée par les premiers promoteurs étrangers car elle est déposée séparément des déclarations classiques de droit des sociétés.
Les bases du ROC, de la GST et de la paie
Une filiale indienne d'une société mère française porte la même charge de conformité annuelle de base que toute autre société private limited indienne : dépôts annuels auprès du Registrar of Companies (ROC, le registre des sociétés), audit statutaire quel que soit le chiffre d'affaires, et dépôt de la déclaration de revenus. Si la société vend des biens ou des services au-delà du seuil applicable, ou vend au-delà des frontières des États indiens, elle devra également en général procéder à l'immatriculation à la GST (Goods and Services Tax, la taxe indienne sur les biens et services) et déposer des déclarations GST mensuelles ou trimestrielles. Une fois que la société recrute localement, la conformité en matière de paie, y compris le fonds de prévoyance et l'assurance sociale des salariés le cas échéant, ajoute une couche récurrente supplémentaire.
Ce que doit couvrir un forfait mensuel de conformité
Un forfait mensuel de conformité raisonnable pour une filiale indienne détenue par des Français devrait couvrir la comptabilité, le dépôt des déclarations GST, le traitement de la paie, les dépôts et déclarations de la retenue à la source TDS (Tax Deducted at Source), ainsi que des rapports MIS périodiques à destination de l'équipe financière française, en plus des dépôts annuels ROC et FEMA. Un dispositif de gestion de la conformité bien structuré est généralement moins coûteux et beaucoup moins risqué sur une année complète que de payer chaque dépôt au coup par coup à l'approche des échéances.
Coûts et calendrier depuis la France
Un budget réaliste, tout compris
Les honoraires professionnels pour immatriculer et faire fonctionner une filiale indienne varient selon le conseil choisi et l'ampleur du travail de préparation documentaire requis côté français, mais les fourchettes ci-dessous reflètent ce qu'un promoteur français devrait généralement prévoir de budgéter, hors frais gouvernementaux et droits de timbre, qui varient selon l'État où se situe le siège social.
| Poste | Fourchette habituelle (au 1er semestre 2026) |
|---|---|
| Immatriculation, y compris le dépôt SPICe Plus et le DIN | Honoraires professionnels généralement compris entre 25 000 et 60 000 INR |
| Apostille et traduction des documents français | Varie selon le volume de documents, souvent entre 200 et 600 EUR équivalent |
| Conformité ROC annuelle et audit statutaire | Honoraires professionnels généralement compris entre 60 000 et 1 50 000 INR par an |
| Déclarations FEMA (FC-GPR, FLA annuelle) | Souvent inclus dans le forfait de conformité, ou facturé séparément par dépôt |
| Forfait mensuel de conformité continue | Dépend fortement du volume de transactions et de l'effectif, à chiffrer après un appel de cadrage |
Les montants exacts doivent toujours être confirmés au regard des barèmes d'honoraires professionnels et des avis gouvernementaux en vigueur au moment de la mission ; voir la page tarifs pour une structure de forfait actuelle.
Calendrier semaine par semaine
Un calendrier réaliste pour un promoteur français, en supposant que les documents soient apostillés rapidement, se déroule à peu près comme suit. La réservation du nom et les demandes de DIN prennent généralement les une à deux premières semaines, en se déroulant en partie en parallèle du processus d'apostille et de traduction en France, lequel prend lui-même souvent une à deux semaines selon les délais de la cour d'appel française compétente. Le dépôt SPICe Plus et l'approbation de l'immatriculation suivent généralement dans un délai supplémentaire d'une à deux semaines une fois les documents complets. L'ouverture du compte bancaire et le rapatriement initial du capital, suivis du dépôt de la déclaration FC-GPR, ajoutent typiquement une à deux semaines supplémentaires. Au total, quatre à six semaines entre le point de départ et une filiale indienne fonctionnelle et financée constituent une attente réaliste, et non le délai de deux semaines parfois annoncé, qui suppose généralement que les documents sont déjà apostillés et traduits avant même le début du processus.
Pour les fondateurs qui comparent cette voie à d'autres modes d'entrée en Inde, notre guide plus large sur l'expansion vers l'Inde et notre présentation de la création d'une filiale étrangère traitent plus en détail les aspects du processus non spécifiques à la France.
Foire aux questions
Une société française peut-elle détenir 100 % d'une filiale indienne ?
Combien de temps faut-il pour immatriculer une société indienne depuis la France ?
Dois-je me rendre en Inde pour immatriculer la société ?
Combien coûte la mise en place et le fonctionnement d'une filiale indienne ?
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